Daniel Bélanger: voyages musicaux.

Daniel Bélanger: voyages musicaux.

Daniel Bélanger continue d’évoluer et d’élargir ses horizons. Avec «Nous», coréalisé par Jean-François Lemieux, il poursuit son exploration musicale.
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«En fait ce sont des voyages que je fais avec chaque album. J’essaie de ne pas créer la nostalgie du voyage, de ne pas retourner (à une même place). Le poète Blaise Cendrars était un grand voyageur et ne retournait jamais au même endroit. Lorsque j’ai entendu ça, à l’adolescence, ça ma beaucoup marqué», explique Daniel Bélanger lors qu’on lui parle des multiples paysages sonores de son album.

«Je pourrais faire toutes sortes d’albums en restant moi puisque je suis la matière première… Ça me ressemblera, je l’espère, à chaque fois. Je serai le lien entre chaque album et puis je pourrai penser à l’avenir avec de nouvelles approches musicales», s’est-il dit un jour.

Au fil des ans, Bélanger est resté fidèle à son credo. Il a même découvert de nouvelles choses, comme le plaisir de faire des arrangements, raconte-t-il.

Un court délai entre deux albums

En 2008, l’artiste a lancé «Joli chaos», une compilation à laquelle se greffait des titres originaux. En 2007, il a mis en marché l’album de matériel original «L’échec du matériel».

En 2003, il avait lancé le projet «Déflaboxe», un album concept deux ans après avoir sorti «Rêver mieux». Son effort précédent, son deuxième disque en carrière, «Quatre saisons dans le désordre», avait vu le jour en 1996.

Daniel Bélanger a déjà eu la réputation de prendre son temps et de lancer les albums studio au compte-gouttes. Cette fois, il n’a attendu que deux ans après «L’échec du matériel» pour présenter «Nous». «Un délai normal, plus normal que quatre ans», lance-t-il.

«Il faut dire que j’ai plus de temps pour moi. Mes filles sont grandes. Ce que je faisais avant, je travaillais et j’avais de jeunes enfants. Lorsque je terminais la tournée, soit que j’en profitais pour avoir un autre enfant ou pour être plus à la maison. Maintenant qu’elles sont grandes, elles sont plus autonomes. J’ai plus de temps et je maîtrise mieux la musique. Je peux mieux canaliser mes efforts. C’est moins le fouillis», dit l’artiste pour expliquer ce court laps de temps entre ses deux plus récents efforts studio.

«Avec Jean-François Lemieux à la coréalisation, ce dernier a un sens de la logistique assez poussé. Lorsque je disais « je fais des chansons, on pourrait peut-être entrer en studio en mai« … Dans ma vie, j’ai fait souvent ça (sans nécessairement donner suite)… Il me prenait alors au mot en me disant qu’il avait sept jours de bookés en studio. Donc, c’était un peu forcé mais forcé joyeusement», raconte Daniel Bélanger.

Libre créativité

L’artiste tente toujours de faire un lien entre deux albums, affirme-t-il. Il dit par contre apprécier davantage l’amour que porte son public à son nouveau matériel. Il n’est pas du genre à se complaire dans une gloire passée et à avoir recours à ses vieux tubes pour continuer de plaire à ses fans.

«C’est humain de ne plus être capable de faire autre chose et de capitaliser sur le passé. Ce n’est pas une approche qui est très excitante pour moi. C’est une approche qui est une peu évidente. On vit de gros changements en ce moment. Je trouve qu’on est portés à se rattacher au passé lorsqu’on est un peu insécure face à l’avenir. Je ne dis pas que je suis plus smat qu’un autre. Je veux juste continuer (à créer)», répond Bélanger lorsqu’on lui parle de ces artistes qui font leur choux gras de leurs anciens succès.

«Ma créativité est libre. Elle n’est pas régie par la crise économique. Elle n’est pas régie par rien. J’essaie de rester libre, de continuer et de ne pas sans cesse ressasser le passé», dit-il.

Des conditions gagnantes

On a beau avoir les plus belles symphonies, les plus beaux arrangements, dans sa tête sauf que la réalité et les contraintes budgétaires nous rattrapent souvent, fait-on remarquer à Daniel Bélanger.

L’artiste est quand même privilégié. Sur «Nous», il a pu compter sur la présence de nombreux musiciens et de choristes comme Caracol, Marc Déry, Damien Robitaille, Amylie et Julien Mineau de Malajube (qui font les choeurs sur «Si l’amour te ressemblait») et Élizabeth Blouin-Brathwaite.

«J’ai toujours eu une approche très sérieuse en studio. La façon la moins sérieuse d’en faire, c’était d’inviter du monde et de désacraliser le lieu. Finalement, c’était la dernière journée de studio, un vendredi. On a fait la chorale. On s’est beaucoup amusés. On avait des petits sandwichs en triangles. Ça a fini avec le vin. La plupart des gens sont restés bien après que la chanson soit terminée. Ça m’a fait beaucoup plaisir que les gens restent. C’est un gros moment de chaleur qui me faisait du bien et qui était très symbolique par rapport à ma nouvelle approche en studio, qui était de dédramatiser et que ce ne soit plus un lieu de torture», dit-il au sujet de l’enregistrement de «Si l’amour te ressemblait».

«Je suis un chanceux mais en même temps, je ne suis pas un dispendieux», dit-il. Pour Bélanger, la production d’un album coûte entre 75 000$ ou 80 000$. C’est très peu dans le monde du cinéma québécois mais beaucoup pour un peintre, affirme-t-il en traçant un parallèle avec plusieurs formes d’art.

Les conditions ont aussi évolué en dix ans. Son travail de pré-production, qu’il fait désormais chez lui, ne lui coûte plus rien. «Tout change», ajoute-t-il.

«J’ai aussi la chance d’avoir un public qui est curieux à l’égard de ce que je vais faire. Ça, c’est précieux. C’est le moteur de ce que je fais », ajoute-t-il.

Les textes

Alors que «L’échec du matériel» se voulait davantage une critique sociale, «Nous» est un disque qui se veut plus introspectif. Dans «Reste» et «Jamais loin», par exemple, le narrateur étale son égocentrisme au grand jour.

«Je me suis rendu compte que si « L’échec du matériel » était l’échec du matériel, là c’est un peu l’échec de l’individualisme. Dans la chanson « Reste », il se rend compte qu’il ne travaillait que pour lui, qu’il ne servait que ses propres intérêts. Il voit bien que ça ne marche pas (…). Ça m’aidait beaucoup à composer mes textes. C’était un lien intéressant avec « L’échec du matérie!l. C’est un constat un peu moins rugueux. C’est un constat plus positif (…). Je trouvais que l’échec de l’individualisme était un bon lien. C’était plus joyeux. L’individualisme est un peu un cul-de-sac. Ça veut dire que la solution, c’est l’autre», explique Bélanger.

Lorsqu’on lui demande comment il puise son inspiration, Bélanger répond qu’il fait appel à sa propre imagination et à des histoires vécues. «Il y a des phrases dans mes chansons, une fois de temps en temps, qui sont carrément autobiographiques. Pour le reste, je crois que mon inconscient s’en aperçoit. La ligne suivante, je dérape complètement grâce l’imagination. Je crois que les thèmes d’un albums forment un ensemble, une moyenne d’humeurs», répond-il.

De 14 à 28 ans, Bélanger écrivait constamment et se trouvait alors «poche». En écrivant autant, il s’est «purgé» de tous les mots et concepts, croit-il. «Lorsque je viens le temps d’écrire une chanson, je l’écris. Je pars souvent avec la musique. Avec cet album-là, je ne l’ai pas fait. Je l’ai fait avec « Rêver mieux » et « L’échec du matériel ». Avec celui-ci, c’était tellement intégré. J’ai l’impression que je partais de nulle part. Mon voyage était dans mon cerveau et j’étais capable de m’isoler dans ma tête», ajoute-t-il.

Bélanger n’a pas recours à des notes ou à des flashs griffonnés sur un bout de papier pour l’aider à composer ses morceaux. Il se fie à son imaginaire lorsque viens le temps d’écrire une pièce.

«Nous» sur scène

Lors d’entrevues précédentes, Daniel Bélanger avait dit que la tournée inspirée de «Nous» débuterait en 2011. Il est depuis revenu sur ses propos.

«Je croyais (la faire en) 2011. C’était une forme d’annonce. Là, je crois que ce sera à l’automne 2010. J’ai de plus en plus envie… Je croyais que j’étais à plat mais les idées, les concepts, pour les shows me reviennent tout à coup. Je suis très excité de faire ça. Jean-François Lemieux sera là. On a tous très hâte de jouer cet album sur scène. Je trouvais dommage d’attendre si longtemps», précise le musicien.

Il est cependant trop tôt pour parler du concept précis du spectacle et de l’itinéraire de la tournée.

Paradis perdu

Daniel Bélanger a aussi composé la musique du spectacle «Paradis perdu», une fresque écologique qui raconte l’histoire du dernier homme sur Terre, un soldat. Le metteur en scène Dominic Champagne et le biologiste Jean Lemire ont coécrit ce spectacle.

«Un personnage surgit tout juste avant (que le héros) meure. On pense que c’est la Mort mais personne ne le sait… Il demande ce qu’il ferait si tout était à refaire. Le soldat reprend vie et se fait un jardin», explique l’artiste.

Pour «Paradis perdu», Daniel Bélanger a composé une musique sans paroles mais parfois chantée. La voix servira alors d’instrument, dit-il.

«Paradis perdu» sera à l’affiche de la Place des Arts, à Montréal, du 26 janvier au 20 février.

Au moment de notre entretien, à la mi-décembre, Bélanger ne savait pas si ce spectacle serait ensuite présenté en tournée.

Les Belles-soeurs

L’auteur-compositeur et interprète signe aussi la musique des «Belles-soeurs».

Tout comme le metteur en scène René-Richard Cyr, Daniel Bélanger qualifie cette adaptation de «théâtre musical» et non de comédie musicale: «Si on enlève une chanson, on perd le fil de l’histoire. C’est le théâtre qui devient, à un moment donné, chanté. « Les Belles-soeurs », c’est comme ça. C’est composé depuis l’an dernier.»

Cette pièce sera présentée à Montréal, au Théâtre d’Aujourd’hui, du 29 mars au 1er mai 2010. On la verra ensuite à Joliette, à la Salle Roland-Brunelle, du 25 juin au 4 septembre. Selon Daniel Bélanger, elle devrait également tenir l’affiche à Québec. Le spectacle sera présenté en tournée.

«J’ai eu un fun fou à faire ça», dit l’artiste. «Les Belles-soeurs» de Michel Tremblay est un véritable monument. Comment Bélanger a-t-il abordé ce défi?

«J’ai dit oui et après j’ai eu la chienne d’avoir dit oui! C’est « Les Belles-soeurs ». Dominic Champagne disait je ne veux pas être celui qui va avoir gâché les Beatles (avec « LOVE »). Moi, à un moment donné, je me disais que je ne voulais pas être celui qui avait gâché « Les Belles-soeurs ». Je suis bien entouré de René-Richard Cyr et de Michel Tremblay. Lorsqu’il m’a entendu pour la première mois, ce dernier m’a fait un gros câlin en me remerciant», raconte le musicien.

Pour s’inspirer, il a essayé d’imaginer ce que les protagonistes écoutaient sur leur radio à transistor dans la cuisine, dit-il. «C’est le plus proche que je suis allé de cette époque-là», précise Bélanger au sujet de la pièce écrite en 1965 et présentée pour la première fois trois ans plus tard.

L’artiste n’a jamais vu cette oeuvre au complet, ce qui lui a permis un vent de fraîcheur. «Je suis arrivé avec d’autres idées qui ont bousculé René-Richard Cyr au départ. Finalement, il s’est laissé aller. C’est une sorte de regard neuf car moi je suis neuf sur cette oeuvre-là. C’était très impressionnant de voir 15 filles lorsqu’on a fait la première lecture (…). Les actrices professionnelles, ce sont vraiment des turbos. C’est impressionnant. Ce n’est pas du parascolaire», lance-t-il en riant!

Guylaine Tremblay, Maude Guérin, Marie-Thérèse Fortin et Janine Sutto font notamment partie de la distribution.

Au cours des prochains mois, Daniel Bélanger, un homme fort occupé, compte se reposer un peu, profiter du fruit de son labeur et voir les pièces auxquelles il a collaboré. Il compte aussi préparer le spectacle «Nous».

Site Web de Daniel Bélanger


Julie Rhéaume

(extrait de http://www.showbizz.net)

photo Matthieu Bichat.


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