Douée d’une vitalité peu commune et d’un charme sans égal, Jane Birkin ressemblait, des décennies plus tard, au portrait que son Gainsbourg de Serge avait tracé il y a des années dans La ballade de Johnny Jane (interprétée d’ailleurs, samedi) : elle traînait toujours ses baskets et ses yeux candides…
Son nouveau spectacle étant conçu pour des salles de type club, il lui a fallu un peu de temps pour trouver ses marques et se sentir à l’aise sur la grande scène du Maisonneuve. En outre, vêtue d’un pantalon cargo et d’un pull marin, elle nous proposait pour la première fois quelques chansons « non Gainsbourg » et en anglais (tirées de ses deux récents albums), dont My Secret de Beth Gibbons (de Portishead) en ouverture. La salle était un peu sur ses gardes : nous étions loin de la chaleur irradiante de son précédent spectacle, Arabesque, inoubliable hommage arabisant à Gainsbourg présenté il y a quatre ans. Mais nous étions près d’un être de lumière, qui peu à peu nous a éclairés et réchauffés… en se réchauffant elle-même au contact du public.
Dès le quatrième morceau, la si jolie Sans toi, Jane Birkin est en effet descendue au parterre… pour mieux remonter et chanter au balcon, parmi les spectateurs ravis (et de tous âges, en passant), puis revenir ensuite sur scène, sans même sembler essoufflée. Le contact ainsi établi, elle a enfin parlé, et puis elle a chanté du Gainsbourg – et il faut bien le dire, qu’est-ce que ça lui va sur mesure, du Gainsbourg-, et puis elle a imploré notre soutien à la cause de la Birmanie en chantant un morceau de son cru pour Ang San Suu Kyi (en résidence surveillée et Prix Nobel de la paix), et puis elle s’est moquée d’elle-même, et puis elle s’est mise à vraiment sourire et s’amuser avec ses trois musiciens…
En entrevue, elle nous avait dit qu’ils étaient « super multitalentueux », et elle ne mentait pas. Thomas Coeuriot (guitares, banjo, harpe, basse, etc.), Christophe Cavero (piano à queue, claviers, violon, etc.) et Frederick Jacquemin (batterie, percussions, basse, etc.) passent d’un instrument à l’autre en toute aisance, et ce sont eux ainsi que les arrangements parfois carrément sublimes de Frank Eulry qui donnent une certaine cohérence à ce spectacle qui pige un peu (trop) partout dans le répertoire de la filiforme Jane, de « Sèège » Gainsbourg à Zazie, de l’anglais au portugais (qu’elle chante phonétiquement, ce qui lui a valu ce commentaire de son petit-fils : « Dis mamie, tu écris des chansons en chinois, maintenant ? »), de Tom Waits (très belle reprise d’Alice) à Mickey 3D (l’hilarant duo Je m’appelle Jane et je t’emmerde, interprété avec… son ingénieur de son), des années 60 au XXIe siècle, des arrangements jazz à une version très électro contemporain (et réussie) de Je suis venue te dire que je m’en vais…
Elle était venue nous dire qu’elle s’en allait, pas pour toujours, mais de par le monde, où elle va continuer de présenter ce spectacle dans les mois à venir. Et le public montréalais, heureux, lui a laissé entendre qu’elle pouvait revenir quand elle voulait. Parce qu’elle s’appelle Jane et qu’elle nous en… chante.
Douée d’une vitalité peu commune sur scène, Jane Birkin a aussi un charme sans égal.
Photo André Tremblay, La Presse
Extrait de Cyberpresse