Jorane : surprenante, déroutante et captivante 

Jorane : surprenante, déroutante et captivante 

Jorane a fait son entrée une lanterne à la main. Ses trois musiciens – le contrebassiste Miles Perkins, le percussionniste Stefan Schneider et le multi-instrumentiste Pierre-Philippe Côté – la suivaient de près et ont formé une ligne juste devant elle, dos au public.

Avec cet air impérial qu’ont les danseuses flamencos, Jorane a amorcé un numéro de chant, de claquements de mains et de tapage de pieds auquel ses trois accompagnateurs se sont vite joints. Deux minutes après le début du spectacle, l’artiste avait déjà fait basculer la salle dans son univers. Un monde où tout est possible.

Comme quoi ? Comme faire du rock sans guitare électrique, ce que son groupe et elle ont fait avec Le venin. Ou du « métal », comme ce fut le cas avec la finale de Lumière. Avec de grosses guitares électriques, c’aurait presque été du Metallica… Oui, tout est possible dans le monde de Jorane. Mais le plus impressionnant, c’est que tout est… parfait. Ou presque.

Jorane a un goût pour la mise en scène. Les éclairages se révèlent d’une efficacité à l’égal de leur grande beauté. En plus d’être pertinents, les déplacements de ses musiciens, à la limite de la chorégraphie, démontrent un réel souci esthétique. Voir Miles Perkins et Pierre-Philippe Côté se rapprocher de Jorane lors de Stay et The Cave, morceaux où son violoncelle est encadré par deux contrebasses, ajoutait à l’intimité du moment.

Il faut d’ailleurs souligner l’exceptionnelle cohésion du groupe que la musicienne forme avec ses trois collaborateurs. Le contrebassiste Miles Perkins, avec qui elle offre un fort beau duo de cordes pincées (Sauve-moi), s’impose naturellement comme son alter ego. Il l’appuie continuellement et, même si Pierre-Philippe Côté fait aussi des choeurs, c’est lui qui harmonise le plus avec Jorane.

Stefan Schneider se révèle, quant à lui, un percussionniste étonnant. Se contentant rarement de battre la mesure, il colore l’espace, le texture, l’habite avec finesse et à-propos. De son attirail, il tire des kling et klong fascinants dont on se demande d’où ils viennent.

Placée au coeur de tout ça, Jorane, qui joue surtout debout, a le geste sûr et précis. Et un plaisir évident. Sur scène, la musicienne prend rapidement le pas sur l’auteure et interprète. Elle a beau avoir délaissé son langage inventé au profit des mots ces dernières années, elle n’a pas cessé de faire virevolter sa voix. Quitte à en faire trop…

Les envolées vocales sont la signature de Jorane et elles sont souvent prenantes, d’ailleurs. Reste qu’il y a des moments où elle devrait laisser résonner les mots qu’elle chante plutôt que sa voix, où son chant devrait se poser à la fin d’une strophe au lieu de s’envoler afin de laisser la chanson respirer et d’en laisser le sens diffus s’insinuer en nous.

L’image qui s’impose et qui reste après une telle prestation est celle d’une artiste en plein contrôle, dont on suit le parcours avec intérêt et ravissement. On ne sait pas toujours où elle veut en venir – surtout pas dans ses apartés poético-ésotériques -, mais le chemin n’est jamais banal. Même fuyante, elle captive et inspire.


Jorane sera de nouveau au National ce soir, demain et samedi.

(extrait de cyberpresse www.cyberpresse.ca)

Photo Matthieu Bichat
www.myspace.com/mattbichatph…

Pour en savoir plus 
http://www.jorane.com/

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