Robert Charlebois conclut sa mini-tournée en France

« Est-ce que tout le monde me connaît dans la salle ? Non ? Levez la main ceux qui ne m’ont jamais vu en spectacle. »

Dans la salle du Bataclan pleine à craquer – cela doit faire un millier de spectateurs -, une petite centaine de mains se lèvent.

« Parfait, se réjouit Robert Charlebois. Si tout le monde me connaissait, je ne serais pas ici. Je chanterais en anglais à Las Végus. » Notre joyeux rocker sexagénaire aime bien, sans malice, faire des blagues sur les collègues et les copains. « Je vous propose un événement extraordinaire, dit-il un peu plus tard : une soirée sans une chanson de Plamondon. » Promesse non tenue, bien entendu, car il y aura un texte de Plamondon en rappel. Charlebois ne résiste pas à l’envie d’un bon mot, même si c’est pour se contredire 10 minutes plus tard.

On retiendra en tout cas une chose : sur les mille spectateurs venus pour ce concert unique de Charlebois au Bataclan samedi soir, il y en a 900 qui non seulement le connaissent, mais ont l’air de savoir par coeur ses principaux succès. Les applaudissements fusent dès les premières notes de J’t’aime comme un fou, Concepción, Je reviendrai à Montréal, Ordinaire, Lindbergh, Les ailes d’un ange et quelques autres.

Il faut dire que pour cette tournée de Tout écartillé, spectacle légèrement adapté pour le public français, il n’a pas présumé de ses forces. « Bien sûr, disait-il la veille dans un entretien téléphonique, depuis la voiture qui le conduisait dans un petit bled de Bretagne, bien sûr mon spectacle est un best of. Je glisse une chanson de Doux sauvage, et c’est tout. »

Conclusion de cette mini-tournée qui l’a mené dans 16 villes françaises et suisses depuis un mois, le spectacle du Bataclan, avant-hier soir, était coulé dans le même moule. Mis à part une chanson nouvelle consacrée à « ma blonde, qui est ma femme », il a prévenu : « Ce sera la seule chanson du XXIe siècle. Toutes les autres datent du siècle dernier. »

Et en effet, après un début un peu trop gentil (Cartier, Vivre en ce pays), notre Charlie Wood (que son copain David Mc Neil était là pour applaudir) se lance dans un joyeux défilé de chansons plutôt rock des débuts qui ont fait sa gloire : Tout écartillé, Dolorès, Mon pays. Des numéros qu’il exécute avec une énergie et une souplesse étonnante, mais à la manière de joyeuses parodies de spectacles de rock des années 70, comme s’il était toujours sur le point de casser sa guitare par terre ou de la balancer sur les spectateurs. Avec alternance de morceaux interprétés au piano : Avril sur Mars, l’une de ses plus belles chansons et, bien sûr, Ordinaire.

Cela fait combien d’années que, pour l’essentiel, Charlebois promène sur d’innombrables scènes son répertoire des années 60 et 70 ? Cela ne le dérange en aucune manière. « Ce que je préfère désormais, et de loin, ce n’est pas tellement d’écrire de nouvelles chansons, encore moins d’aller faire de la promotion à la télé sur de la musique enregistrée. Ce que j’aime, c’est de chanter devant un vrai public. »

Il y a pas mal de chanteurs pour qui les spectacles et les tournées sont une corvée – pas si payante de surcroît, mais indispensable pour assurer la vente du dernier album.

Charlebois, lui, aime vraiment se produire sur scène. « Des télés en France, je n’en fais presque plus, dit-il. On doit se déguiser, faire le pitre, bouger les lèvres sur de la musique. Je préfère éviter. En France, je me concentre sur des petits bleds obscurs. Le Trégueux près de Saint-Brieuc, Vauvert à côté de Nîmes. De jolies salles de 600 places qu’on n’a pas besoin de réserver deux ans à l’avance, contrairement à Lyon ou à Toulouse. Ce sont des tournées où je remplis les salles, mais ça ne fait pas parler dans les grands médias nationaux. Alors les gens croient que je suis disparu ! Et c’est parfait comme ça. »

Ainsi, par exemple, pour le 31 décembre, il quittera en douce sa chère retraite guadeloupéenne pour venir chanter et célébrer la nouvelle année à Nantes, devant 40 000 personnes.

Et après ? « Après, je ne sais pas, j’ai passé le cap des 60 ans. J’adore donner des spectacles, mais cela dépend de l’état de ma voix. Cela dépend aussi des envies du public. Ça fait longtemps que je chante. Et parfois des gens me disent : on aimerait bien voir apparaître un nouveau Charlebois. Quelqu’un qui casse la baraque et me démode vraiment, comme j’ai démodé la chanson d’auteur à l’époque. Je trouve ça flatteur qu’on me cherche un remplaçant. En attendant, je me demande si je dois me retirer sur la pointe des pieds. Ou alors frapper encore un grand coup. »

Un grand coup, ce pourrait être « une très grande salle à Montréal, puis à Québec, en avril, un show avec vingt musiciens. Pas vraiment un spectacle d’adieux, car ça dépend du public, mais enfin… »

Robert Charlebois aime vraiment se produire sur scène. « En France, je me concentre sur des petits bleds obscurs. De jolies salles de 600 places qu’on n’a pas besoin de réserver deux ans à l’avance. Ce sont des tournées où je remplis les salles, mais ça ne fait pas parler dans les grands médias nationaux. Alors les gens croient que je suis disparu ! Et c’est parfait comme ça. » Ci-dessus, le rocker sexagénaire en spectacle au Centre Bell, en novembre 2006.
Photo Robert Skinner, archives La Presse

Louis-Bernard Robitaille

La Presse

Collaboration spéciale

Paris

(extrait de Cyberpresse)


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