Jean-Pierre Ferland et Joni Mitchell : la belle rencontre

Jean-Pierre Ferland et Joni Mitchell : la belle rencontre

Jean-Pierre Ferland et Joni Mitchell : la belle rencontre

Alain Brunet

La Presse

Toronto

« Je suis très fier et très heureux d’être ici ce soir. D’abord heureux de rencontrer Joni Mitchell , mais aussi fier de marcher dans les pas de Gilles Vigneault qui fut honoré ici l’an passé. La musique n’a pas de foi, n’a pas de religion, pas de politique, pas de solitude. La musique c’est un bruit merveilleux et je suis fier d’en faire partie », a déclaré hier l’ami JP, intronisé hier au Panthéon des auteurs-compositeurs canadiens à l’occasion d’un gala tenu à Toronto.

Ovationné à souhait, le nouveau retraité de la chanson québécoise aura servi ses remerciements dans les deux langues après avoir été accueilli sur scène par son sénateur d’ami Jean Lapointe.

Avant quoi des artistes québécois et français avaient interprété quelques-uns de ses classiques intronisés au panthéon des auteurs-compositeurs canadiens. Version sensible et sentie d’Isabelle Boulay pour Un peu plus haut un peu plus loin, version solide de Laurence Jalbert et Mario Pelchat qui nous ont servi ensemble T’es mon amour t’es ma maîtresse, version pompeuse du Petit Roi, gracieuseté de Marc-André Fortin et Marie-Ève Janvier, version superflue de Je reviens chez nous, enregistrée à Paris par Patrick Bruel

Au cours de cette cérémonie tenue au théâtre John Bassett de Toronto, fut également intronisée l’immense Joni Mitchell. Rappelons que l’institution canadienne y honore un artiste majeur des communautés anglophone et francophone à l’occasion de cette célébration annuelle qui ne fait pas l’objet d’une télédiffusion en direct – le 5 mars prochain, cependant, la télévision anglaise de la Société Radio-Canada diffusera ce gala bilingue, animé par Sophie Durocher et Andrew Craig.

La veille de l’événement, les deux principaux jubilaires de la soirée avaient été présentés à l’occasion d’un banquet tenu pour l’occasion.

« J’ai été extrêmement intimidé, a confié Jean-Pierre Ferland peu avant le gala. J’étais intimidé parce qu’elle était intimidée elle aussi. J’ai serré sa main très douce, je lui ai dit que je ne savais pas quoi dire, elle m’a répondu « moi non plus ». On a échangé quelques mots, on s’est souri, on s’est embrassés. J’aurais pu lui dire j’aime vos peintures, j’aime vos chansons mais c’était davantage un endroit pour se faire la bise que pour discuter. Mais c’était très sympathique ! Juste d’un coup d’oeil tu pouvais voir que c’est une femme sensible à mort. »

À la suite de notre JP, la grande Joni Mitchell a été honorée par ses pairs, inutile d’ajouter qu’elle était le clou de la soirée.

La chanteuse soul-funk Chaka Khan, l’incontournable pianiste de jazz Herbie Hancock et tout un orchestre ont offert aux spectateurs une version plus que tonique de Help Me, suivie plus tard de Woodstock, hymne hippie s’il en est, cette fois entonné par nul autre que James Taylor. « Joni et moi sommes de la génération lunatique », a résumé la grande écrivaine Margaret Atwood dans un hommage brillant adressé à sa collègue et amie. Herbie Hancock en a fait autant, prêtant même sa voix à un film biographique.

« En tant qu’artiste de jazz, a souligné le pianiste en s’adressant aux médias, il fut un temps où je n’ai pas porté attention aux mots des chansons, où je restais dans ma tour d’ivoire. Mais lorsque j’ai découvert Joni, particulièrement lors de l’enregistrement de l’album Mingus, j’ai changé mon angle de perception. Je ne sais pas comment elle s’y prend, mais tout ce qu’elle touche brille incroyablement. Elle représente pour moi ce que l’humain peut offrir de mieux. »

Ovationnée à son tour, Joni Mitchell s’est dite honorée comme tous les autres artistes qui l’ont été avant elle au Panthéon des auteurs-compositeurs canadiens. Elle nous a même fait remonter aux sources de son inspiration alors qu’elle avait été fascinée par un créateur de chansons débusqué dans un café de Saskatoon (où elle a grandi). Rencontrée rapidement la veille, Joni Mitchell s’est réjouie du fait que les Québécois et les Montréalais étaient très au fait de son art. « Il m’apparaît évident que vous (les Québécois) me connaissez très bien et que des musiciens de jazz avec qui j’ai collaboré jouissent chez vous d’une grande réputation. Ce qui n’est pas aussi évident ailleurs sur terre. »

De Joni Mitchell, ont été intronisées hier les chansons Big Yellow Taxi, Help Me, You Turn Me On, I’m A Radio. De Jean-Pierre Ferland et ses collaborateurs (Paul de Margerie, Michel Robidoux, Jean-Pierre Lauzon), ont été immortalisées Je reviens chez nous, Ton visage, T’es mon amour t’es ma maîtresse, Le petit roi, Un peu plus haut un peu plus loin. À cette liste s’ajoutent Spinning Wheel (David Clayton Thomas), You Were On My Mind (Sylvia Tyson), Comme j’ai toujours envie d’aimer (Marc Hamilton), Paquetville (Lise Aubut et Edith Butler), Le Frigidaire (Georges Langford), Je ne suis qu’une chanson (Diane Juster), Des croissants de soleil (Jean Robitaille, Lee Gagnon).

Certaines de ces chansons ont d’ailleurs fait l’objet de numéros de production. Inégaux ? Bien sûr, comme dans la plupart des galas. Parmi les plus réussis, on retiendra la version très créative du Frigidaire à la manière Karkwa.

Catégorie pionniers, Raymond Egan, un artiste du début du siècle précédent, a été intronisé au Panthéon, notamment pour les chansons Sleepy Time Gal, Ain’t We Got Fun. Idem pour Un canadien errant, célèbre complainte d’Antoine Gérin-Lajoie. Catégorie époque radiophonique, on a intronisé Wilf Carter, monument de la chanson country au Canada. Dans la même catégorie, s’inscrit désormais au Panthéon le fameux rigodon de Muriel Millard (présente ce week-end à Toronto), Dans nos vieilles maisons.


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