RÉTROSPECTIVE 2006
Musique francophone : les limites du marché
Valérie Lesage
Le Soleil
Abondance. C’est le mot qui définit le mieux l’année 2006 dans l’univers de la musique francophone, particulièrement au Québec. On n’a probablement jamais lancé autant de nouveaux disques dans le marché, même si la gang de Star Académie s’est faite discrète. Le vrai défi n’est plus tellement d’arriver à faire un disque (on peut maintenant faire ça chez soi avec un ordinateur), c’est d’arriver à se distinguer dans la masse. Et là, pour un succès instantané comme celui de Pierre Lapointe, il y a des dizaines d’artistes de la chanson franco qui mangent leurs bas.
Pourtant la qualité est souvent au rendez-vous : l’abondance semble favoriser l’émulation. Mais le petit marché québécois peut-il soutenir autant de nouveaux artistes (de Mike Prévost à Navet Confit, des Breastfeeders à Boogat, de Viviane Audet à Brigitte St-Aubin et combien d’autres) ? Ça semble impossible. Si Malajube, le nouveau groupe qui a suscité le plus d’éloges en plus d’être récompensé par l’ADISQ, n’est parvenu à vendre que 25 000 disques, imaginez le triste sort des autres nouveaux venus…
Le gros lot
Bien sûr, rares sont ceux qui s’attendent à gagner le gros lot dès le premier album. Mes Aïeux en a créé trois avant de toucher au succès. Dumas a mis trois ans et 300 concerts pour parvenir à vendre 50 000 exemplaires de son deuxième album (l’excellent Le Cours des jours). Mais ces succès dans la persévérance sont aussi des exceptions.
Il s’est vendu l’an passé 12,8 millions de disques au Québec, toutes catégories confondues. Ça veut dire qu’on atteint une moyenne d’environ deux disques par habitant si on tient compte seulement de la population âgée de 15 ans et plus.
Si vous faites partie de ceux qui achètent un ou deux disques par année, allez-vous choisir Damien Robitaille ? Ben non. Vous allez choisir une valeur sûre, un artiste déjà populaire.Et vous avez eu le choix en 2006 ! Il y a eu les retours de Jean Leclerc, Richard Séguin et Michel Rivard. De nouveaux CD pour Pierre Lapointe, Stefie Shock, Dumas, Mario Pelchat et Lynda Lemay. Des albums live de Boom Desjardins, Marie-Chantal Toupin, Mes Aïeux et Laurence Jalbert…
Alors être un p’tit nouveau en 2006, c’était probablement frustrant. L’artiste fait les choses avec passion et quand cette passion trouve peu d’écho chez les autres, sinon les critiques, ce doit être douloureux. La formidable créativité de nos artistes ne fait pas forcément vendre plus de disques. On continue de diviser la même tarte en plus petites parts…