Les Cowboys fringants vers la dernière communion

Les Cowboys fringants vers la dernière communion

Les Cowboys fringants vers la dernière communion

Alexandre Vigneault

La Presse

Québec

Exactement trois ans après leur triomphe du 31 décembre 2003, Les Cowboys fringants retournent au Centre Bell samedi pour mettre le point final à une autre tournée couronnée de succès. La semaine dernière, La Presse a rejoint le groupe au Grand Théâtre de Québec pour assister aux avant-derniers spectacles de La grand-messe. Dans les coulisses, le niveau de stress frisait le zéro absolu.

La « fringantmanie » semblait déjà à son comble lorsque, à la fin du mois de novembre 2004, Les Cowboys fringants ont fait paraître La grand-messe. Deux ans plus tard, force est de constater qu’on n’avait encore rien vu. Break syndical s’est écoulé à plus de 100 000 exemplaires ? La grand-messe a franchi le cap des 200 000. Sur les ondes, le succès de la chanson Les étoiles filantes a surpassé celui de Toune d’automne. L’ultime spectacle programmé samedi au Centre Bell sera le 186e du groupe en un peu plus de deux ans. Qui dit mieux ?

« Il n’y a pas eu grand-chose de négatif au cours de ces deux dernières années, ç’a été un succès sur toute la ligne », constate le guitariste Jean-François Pauzé, principal auteur et compositeur des Cowboys fringants. Fier lui aussi du travail accompli, le batteur Dominique Lebeau ne peut cependant s’empêcher de trouver que c’est même beaucoup « pour un groupe qui n’est pas si travaillant que ça ».

Paresseux, Les Cowboys fringants ? Pas exactement, non, même si « pratiquer » est considéré comme un « gros mot » dans l’entourage du groupe. Seuls le bassiste Jérôme Dupras et Dominique Lebeau tiennent à « faire un peu de bruit » avant chaque concert. Le niveau de stress frisait le zéro absolu dans les coulisses, la semaine dernière. « Ce n’est pas toujours comme ça, ç’a été plus fébrile au début », assure Michel Côté, responsable de la programmation du Grand Théâtre de Québec, qui a embauché le groupe huit fois au cours de la présente tournée.

Une fois la balance de son terminée, l’équipe se met à l’aise. La loge prend alors des airs de salon familial. Durant son séjour à Québec, la bande s’est adonnée à deux activités apparemment très prisées dans son univers : commenter le hockey (l’éclairagiste Jean-François « Titi » Tancrède a savamment analysé le renvoi de Maxim Lapierre aux Bulldogs de Hamilton) ou jouer au Nintendo Wii (le chanteur Karl Tremblay est un maniaque de jeux vidéo).

Le calme qui règne dans les coulisses est dû autant à la confiance qu’à la fatigue qui s’installe après une si longue route. « Je le sens que c’est la fin, je le sais et je suis fatigué », reconnaît Jean-François. Même si le groupe remanie le programme chaque soir, il admet qu’une certaine lassitude fini par s’installer.

« Il y a des soirs où on est tannés de jouer les mêmes chansons qu’il y a 10 ans », confie le guitariste. « Une fois sur scène, le plaisir reprend le dessus », précise toutefois Jérôme. Ce n’est en effet qu’au moment où ils posent le pied sur scène que les Cowboys redeviennent fringants. Et le contraste est stupéfiant.

Durant le séjour à Québec, on a été témoin d’un seul débat. Il ne portait ni sur les séquence animées concoctées par Étienne « Disco » Chaput pour le spectacle du Centre Bell ni sur les erreurs de l’un ou de l’autre pendant le spectacle (« On va finir par le casser, ce show-là ! », ironise Karl), mais sur la liste de chansons à jouer le dernier soir.

Marie-Annick Lépine (violon, accordéon, etc.) avait fait tout le boulot quand les gars sont arrivés dans les coulisses. Dominique a suggéré un changement. Jérôme a proposé une solution. Jean-François a voulu tout revirer à l’envers. Et Karl ? Il a surtout joué au baseball virtuel. Quand Marie-Annick lui a demandé s’il était en voix, ce soir-là, il a répondu par un glorieux : « Je m’en câlisse, mettez le nombre de tounes que vous voulez, on a sept jours de congé après ! »

De retour après la pause

Les Cowboys Fringants avaient une bonne raison de se casser la tête : les deux derniers spectacles de Québec ont été enregistrés, comme le sera celui du Centre Bell. Ils devaient s’assurer que toutes les chansons de La grand-messe soient interprétées au moins une fois avant l’ultime concert présenté à Montréal qui, lui, sera essentiellement consacré aux succès du groupe.

« Le plan initial était de faire un live, mais on s’est rendu compte qu’on n’avait pas le matériel pour le justifier », explique Dominique, rappelant que le groupe a publié un double disque (Attache ta tuque !) et un DVD enregistrés en spectacle depuis 2002. Le batteur ne sait pas à quoi vont servir ces archives audio, mais il fait miroiter la possibilité d’un deuxième volet au film Country, le documentaire. Quiconque a vu cette désopilante parodie de Musicographie ne peut qu’espérer qu’il y ait du vrai là-dedans.

Des idées en l’air pour l’avenir, pas un soupçon de tension entre les musiciens, voilà qui va rassurer ceux qui s’inquiètent de voir Les Cowboys fringants prendre une long congé sabbatique. La fin du groupe ne figure visiblement pas au programme. « Quand tout va bien à l’extérieur, que tu vends des disques et que tes salles sont pleines, c’est signe que les choses vont bien à l’intérieur aussi, estime Jérôme Dupras. Ça donne le goût de continuer. »

extrait de Cyberpresse


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