Biréli Lagrène, manouche en résidence

Biréli Lagrène, manouche en résidence

Lancé par le légendaire Django Reinhardt, le jazz manouche demeure la plus moderne des expressions musicales tziganes dont le guitariste Biréli Lagrène est l’un des plus grands virtuoses. En résidence au Festival international de jazz de Montréal, il compte honorer son patrimoine musical… tout en refusant de s’enfermer dans ce style redevenu à la page.

« Chaque fois que je me produis à Montréal, c’est génial. Le public est tellement super, tellement chaud, il démarre au quart de tour. Je ne me souviens pas de soirées moyennes chez vous. Entre le public montréalais et les musiciens il y a vraiment un truc énorme qui se passe », lance Biréli Lagrène, LE guitariste d’origine manouche.

On peut comprendre ce public qui lui fera un triomphe cinq soirs durant.

Autant ce virtuose maîtrise parfaitement le style lancé naguère par Django Reinhardt avec le légendaire Quintette du Hot Club de France, autant il s’est imposé parmi les meilleurs guitaristes électriques sur la planète jazz. Prodigieux dès l’enfance, Biréli ne s’est pas limité à la tradition dont il est issu ; on l’a retrouvé dans tous les contextes jazzistiques ayant marqué sa génération.

Né le 4 septembre 1966 à Soufflenheim dans le Bas-Rhin, il reprenait à l’âge de 8 ans le répertoire de Django ; ses proches voyaient déjà en lui un surdoué. Adolescent, il délaissait le style de Django pour s’initier aux autres déclinaisons du jazz. Biréli a tout fait depuis lors, du bebop au jazz rock. Depuis la fin des années 90, toutefois, il s’est remis au jazz manouche, et ce style sera parmi les principaux matériaux de cette série de cinq concerts prévus au Festival international de jazz dans le cadre de la série Invitation.

Profitons-en, car il n’est pas évident de garder un manouche en résidence ! Manouche dégagé de sa propre tradition, d’ailleurs.

« Vous savez, confie le musicien joint à Strasbourg où il réside, des rumeurs me parviennent de temps à autre : on se demande pourquoi je rejoue cette musique manouche que j’avais plus ou moins délaissée à l’adolescence. Mais bon, on ne peut plaire à tout le monde… J’ai toujours essayé de toucher à tout, je sais faire plusieurs choses et j’essaie de ne pas les faire n’importe comment. Dans chaque style, je me lance à 100 %. »

Ainsi donc, la Cinquième Salle de la Place des Arts sera le théâtre de cinq soirées biréliennes. Suivez le guitariste, il vous explique le menu.

1) Mercredi 28, 19 h 30, avec Richard Galliano

On suggère à Biréli que Richard Galliano demeure le plus grand accordéoniste improvisateur de l’univers connu.

« Nous pensons exactement la même chose. Richard avait eu la gentillesse de m’inviter à travailler avec lui. Nous l’avons fait beaucoup au cours des années 90 mais nous n’avons pas beaucoup joué ensemble ces derniers temps. J’ai donc eu l’idée de l’inviter au festival de Montréal. Il y aura des tangos, des valses, quelques standards américains. Je connais très bien son répertoire, je vois à peu près ce qu’il aura envie de jouer. »

2) Jeudi 29 juin, New Gipsy Project avec Hono Winterstein, guitares, Franck Wolf, saxophones, Diego Imbert, contrebasse

En 2003, la première mouture de cette formation a été présentée au Festival de Montréal avec le fabuleux violoniste Florin Niculescu. « Je l’ai remplacé par Frank Wolf, un saxophoniste de Strasbourg avec qui je tourne depuis deux ans, indique Biréli. Vous savez pourquoi ? Ça me permet de jouer dans le genre traditionnel manouche et aussi bifurquer à n’importe quel moment vers des choses plus modernes. »

Deux disques du Gipon Project ont été enregistrés jusqu’à maintenant. Un premier, Move, a été lancé sur étiquette Dreyfus il y a deux ans, un nouveau vient d’être finalisé – et sera mis en vente dans quelques mois. Qu’on ne s’y méprenne, ce groupe n’a pas pour objet essentiel d’évoquer l’oeuvre de Django Reinghardt mort il y a plus de 50 ans à Samois-sur-Seine – où se tient d’ailleurs ce week-end un grand festival de jazz manouche.

« Essayer de jouer comme Django ou essayer de repiquer ses solos, estime Biréli, c’est toujours un calvaire. Il vaut mieux tourner autour de lui, je pense. Avec l’âge, on apprend à respecter les grands maîtres, il vaut mieux les laisser là où ils sont. »

Biréli préfère donc être lui-même et proposer quelques réformes au style manouche, comme par exemple l’introduction d’une guitare électrique (Gibson L5) en alternance avec la guitare acoustique.

3) Vendredi 30 juin, avec Joey de Francesco, Hammond B 3, André Ceccarelli, batterie

Voilà une instrumentation classique : orgue Hammond B3, guitare, batterie. « Il y aura vraiment trois solistes, ce sera une soirée de plaisir », annonce Biréli. Ce projet est né d’une initiative du batteur André Ceccarelli ; il avait convoqué le guitariste et Joey de Francesco afin d’y enregistrer Avenue des diables blues, sorti récemment en France – également sur Dreyfus. Pour la série Invitation, Biréli a convaincu « Dédé » Ceccarelli de reprendre le concept.

4) Samedi 1er juillet, Christian Escoudé

Voilà une grande soirée de guitare sous la gouverne de M. Lagrène. Au fait, quels sont ses guitaristes préférés dans le style manouche ? Stochelo Rosenberg ? Angelo Debarre ? Tchavolo Schmitt ? Boulou Ferré ? Il refuse de se prononcer : « Ils jouent tous merveilleusement bien. Christian Escoudé, lui, ne joue pas vraiment cette musique, même s’il est manouche. Il a plutôt écouté Wes Montgomery, René Thomas, il est plus inspiré par les guitaristes du côté américain, il a une vision plus jazz de la guitare. »

5) Dimanche 2 juillet, avec Alain Caron et un big band sous la direction de Michael Abene

« En fait, explique Biréli, on jouera le répertoire de Michael Abene, avec qui j’ai fait un disque dont la sortie est prévue en septembre de cette année. Ce répertoire comprendra entre autres des standards assez bop de Django Reinhardt composés à la fin de sa vie. Assez moderne quand même. Et Michael Abene a une manière d’écrire absolument merveilleuse, très moderne de surcroît. »

Quant à notre Alain Caron, invité à ce concert, il représente pour Biréli Lagrène un bassiste de l’élite mondiale. Lui, qui a joué avec Jaco Pastorius ainsi qu’avec tous les bassistes de Weather Report, estime qu’Alain Caron fait partie des meilleurs, au même titre que Marcus Miller, Victor Bailey ou Victor Wooten. « J’ai eu la chance de jouer avec Alain Caron, c’est vraiment un type formidable. Il a beaucoup apporté à la basse électrique. Il ne joue comme personne, il a son truc à lui, un son à lui, ses propres lignes. »

Et de quoi êtes-vous le plus fier actuellement, M. Lagrène ? La réponse ne sera pas tout à fait musicale : « Je suis particulièrement fier de ma forme physique. J’ai perdu 20 kilos ces deux dernières années. J’essaie de ne plus donner dans les excès, même si j’ai déjà eu cette tendance, comme c’est le cas de tant de musiciens. »

Plus léger, Biréli ne prend plus les choses à la légère. En témoignera cette résidence manouche.

extrait de Cyberpresse Musique

extrait Cyberpresse Musique


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